
Un séquencier est le découpage d'une histoire en séquences numérotées, avec pour chacune le lieu, le moment et ce qui s'y passe, écrit avant la continuité dialoguée. Sa version la plus courte, le beat sheet, ne garde que les tournants de l'histoire, les moments où sa direction change, placés à peu près là où ils tombent dans le scénario. C'est le moyen le plus rapide de voir si une histoire a une forme qui tient.
Les scénaristes s'en servent pour préparer une version, pour diagnostiquer un milieu qui s'enlise et pour présenter une histoire en quelques minutes. Le beat sheet se construit le plus souvent sur l'un de ces trois modèles : la structure en trois actes, le beat sheet en quinze temps et le voyage du héros. Ils décrivent la même forme de fond, à des niveaux de détail différents. Le séquencier développe ensuite chaque tournant en séquences.
Séquencier, beat sheet, synopsis : qui fait quoi ?
Ces documents racontent la même histoire à des échelles différentes, et on les écrit en général dans cet ordre.
| Document | Longueur | Ce qu'il contient |
|---|---|---|
| Logline (pitch) | Une phrase | Le personnage, son objectif, l'obstacle, l'enjeu |
| Synopsis | Une page environ | Toute l'histoire en prose, fin comprise |
| Beat sheet | Une page | Les tournants de l'histoire, chacun à sa page approximative |
| Séquencier | Quelques lignes par séquence | La liste numérotée de toutes les séquences, avec lieu, moment et action |
| Traitement | Plusieurs pages | Le film raconté séquence par séquence, en prose, avec l'atmosphère |
| Continuité dialoguée | 90 à 120 pages | Le scénario complet, avec action et dialogues |
Qu'est-ce qu'un « beat » en scénario ?
Un beat, ou temps fort, est un changement unique dans l'histoire : une décision, une découverte ou un renversement après lequel rien ne peut redevenir comme avant. Le mot s'emploie à deux échelles. Dans un beat sheet, c'est un grand tournant du récit, comme l'élément déclencheur ou le point milieu. À l'intérieur d'une scène, c'est un petit changement de tactique d'un personnage, et l'indication « (beat) » des scénarios américains, que l'on écrit « (un temps) » en français, marque une pause.
Comment écrire un séquencier
Le séquencier transforme les temps forts en séquences. Chaque entrée tient en quelques lignes : un numéro, un intitulé (intérieur ou extérieur, lieu, moment), ce qui se passe et ce qui a changé à la fin. Un long métrage compte souvent 40 à 60 séquences.
- Partez de votre beat sheet : chaque tournant appelle une ou plusieurs séquences pour y arriver.
- Numérotez les séquences dans l'ordre du récit et donnez à chacune son intitulé, comme dans le scénario.
- Écrivez au présent ce qui se passe, en une à trois phrases, sans dialogue ou presque.
- Notez pour chaque séquence ce qui change : une information, un rapport de force, une décision.
- Relisez la liste de haut en bas. Une séquence où rien ne change est à couper ou à fusionner, avant que vous ne passiez une journée à l'écrire.
Voici le début du séquencier de L'Apprenti, le long métrage imaginaire dont notre guide du synopsis raconte toute l'histoire et dont la première séquence sert d'exemple dans notre guide pour écrire un scénario :
1. INT. BOULANGERIE - AUBE Karim, 16 ans, se présente pour l'annonce d'apprenti. Odile lui lance un tablier. 2. INT. FOURNIL - AUBE Premier pétrissage. Karim rate tout. Odile ne dit rien, mais ne le renvoie pas. 3. EXT. BOULANGERIE - JOUR L'agent immobilier recolle l'affiche « À VENDRE » dans la vitrine. Odile le laisse faire. 4. INT. BOULANGERIE - JOUR Le coup de feu de midi. Karim se trompe en rendant la monnaie ; une cliente se moque de lui. Il tient bon. 5. EXT. STADE MUNICIPAL - NUIT En rentrant, Odile aperçoit Karim qui se glisse dans les vestiaires. Elle comprend où il dort. 6. INT. BOULANGERIE - AUBE Karim arrive avant elle. Sous le pot de fleurs, une clé l'attend.
Chaque entrée fait avancer quelque chose : la confiance entre les deux personnages, la menace de la vente, le secret de Karim. Pour le plan scène par scène dans le détail, voir aussi notre guide de la trame narrative.
La structure en trois actes
La structure en trois actes découpe une histoire en exposition, confrontation et résolution, dans des proportions d'environ un quart, une moitié et un quart. C'est le plus ancien et le plus souple des trois modèles, et la plupart des autres beat sheets en sont des subdivisions.
- Premier acte (environ les premiers 25 %) : la vie ordinaire du héros, l'élément déclencheur qui la bouleverse et la décision d'agir. Il se termine quand le héros s'engage et ne peut plus facilement faire demi-tour.
- Deuxième acte (environ de 25 % à 75 %) : des obstacles croissants, un point milieu qui fait monter les enjeux ou change l'objectif, et une glissade vers le point le plus bas.
- Troisième acte (environ les derniers 25 %) : le héros se sert de ce qu'il a appris, affronte le climax, et l'histoire trouve un nouvel équilibre.
Sur un long métrage de 110 pages, cela place la fin du premier acte vers la page 27, le point milieu vers la page 55 et le début du troisième acte vers la page 82. Ce sont des repères, pas des échéances ; beaucoup de bons films les décalent de quelques pages. Notre guide de la structure en trois actes détaille chaque tournant.
Le beat sheet en quinze temps (le modèle Save the Cat!)
Le beat sheet en quinze temps découpe les trois actes en quinze moments nommés. Sa version la plus connue vient du livre de Blake Snyder, Save the Cat! (2005), d'où son surnom de « beat sheet Save the Cat ». Le livre vaut d'être lu pour les explications de l'auteur ; voici notre résumé de la forme, avec nos mots.
- Une image d'ouverture qui montre le monde du héros et son problème avant que rien ne change.
- Une allusion au thème, souvent une réplique adressée au héros, qu'il n'est pas prêt à entendre.
- L'exposition : la vie du héros, ses défauts, ce qui lui manque.
- Le catalyseur, vers 10 % : l'événement qui fait basculer la vie du héros.
- Le débat, pendant lequel le héros résiste à l'appel ou le met en doute.
- Le passage au deuxième acte, vers 20 à 25 % : le héros choisit d'entrer dans une situation nouvelle.
- Une intrigue secondaire, souvent une relation, qui porte le thème.
- La « promesse du concept » : le passage où l'histoire offre ce que le pitch promettait.
- Le point milieu, à 50 % : une fausse victoire ou une fausse défaite qui fait monter les enjeux.
- La pression qui monte, de l'extérieur comme de l'intérieur, pendant que le plan du héros se défait.
- Le point le plus bas, vers 75 %, où quelque chose d'important est perdu.
- La réaction du héros à cette perte : le passage le plus sombre, avant une idée nouvelle.
- Le passage au troisième acte, quand l'intrigue principale et l'intrigue secondaire se rejoignent dans une solution.
- Le final, où le héros met en pratique ce qu'il a appris.
- Une image finale qui répond à l'image d'ouverture et montre tout ce qui a changé.
La force de ce modèle est sa précision : il dit quel type d'événement va où. Sa faiblesse est la même précision : suivi à la lettre, il produit des histoires qui semblent montées à partir d'un kit.
Modèle de beat sheet et pages cibles
La place habituelle de chaque temps fort, en part de l'histoire et en page pour un scénario de 110 et de 90 pages. Ce sont des conventions, pas des règles : servez-vous-en pour repérer les temps forts qui dérivent, pas pour forcer une scène sur une page.
| Temps fort | Part | Page (110) | Page (90) |
|---|---|---|---|
| Image d'ouverture | 0 % | 1 | 1 |
| Énoncé du thème | 5 % | 6 | 5 |
| Exposition | 6 % | 7 | 5 |
| Catalyseur | 10 % | 11 | 9 |
| Débat | 12 % | 13 | 11 |
| Passage au deuxième acte | 20 % | 22 | 18 |
| Intrigue secondaire | 22 % | 24 | 20 |
| Promesse du concept | 27 % | 30 | 24 |
| Point milieu | 50 % | 55 | 45 |
| Les méchants se rapprochent | 55 % | 61 | 50 |
| Tout est perdu | 68 % | 75 | 61 |
| Nuit noire de l'âme | 70 % | 77 | 63 |
| Passage au troisième acte | 77 % | 85 | 69 |
| Final | 80 % | 88 | 72 |
| Image finale | 99 % | 109 | 89 |

Les dix types d'histoires de la méthode Save the Cat!
Le livre de Snyder range aussi les films en dix types d'histoires selon leur moteur plutôt que leur décor. Traduits librement : le monstre dans la maison, la toison d'or, le génie sorti de la bouteille, le type ordinaire face à un gros problème, les rites de passage, l'histoire d'amour ou d'amitié, le pourquoi du crime, le triomphe de l'idiot, l'institution et le superhéros. On pourrait ranger Le Dîner de cons parmi les triomphes de l'idiot, Intouchables parmi les histoires d'amitié. L'intérêt de la liste est la comparaison : une fois que vous savez quel genre d'histoire vous racontez, vous pouvez étudier comment d'autres films du même type ont traité les mêmes temps forts.
Le voyage du héros
Le voyage du héros est un schéma de départ, d'épreuve et de retour que Joseph Campbell a dégagé des mythes de nombreuses cultures dans Le Héros aux mille et un visages (1949). Christopher Vogler l'a ensuite adapté pour les scénaristes en douze étapes : le monde ordinaire, l'appel de l'aventure, le refus de l'appel, la rencontre avec le mentor, le passage du seuil, les épreuves, les alliés et les ennemis, l'approche de la caverne, l'épreuve suprême, la récompense, le chemin du retour, la résurrection et le retour avec l'élixir.
Le voyage du héros convient aux quêtes, à la fantasy, à l'aventure et aux récits d'apprentissage, où un personnage quitte sa maison, au sens propre ou symbolique. Il s'adapte moins bien aux films choraux et aux histoires dont le personnage principal ne change pas.
Trois actes, quinze temps ou voyage du héros ?
- La structure en trois actes, quand vous voulez le cadre le plus léger : en début de développement, pour un court métrage ou pour une histoire que vous sentez déjà d'instinct.
- Le beat sheet en quinze temps, quand le milieu s'affaisse ou que vous voulez vérifier le rythme page par page dans un long métrage grand public.
- Le voyage du héros, quand l'histoire raconte une transformation par le voyage, et que les figures du mentor, du seuil et de l'épreuve vous aident à peupler le monde.
Ces modèles ne sont pas rivaux. Beaucoup d'auteurs dégrossissent leur histoire en trois actes, puis utilisent un beat sheet plus détaillé pour remplir le deuxième acte.
Comment écrire le beat sheet d'un scénario
- Écrivez d'abord votre logline. Si vous n'y arrivez pas, le beat sheet révélera le trou : voir notre guide logline : exemples.
- Fixez la fin avant le milieu. Connaître le climax dit ce que le héros doit apprendre, et donc ce que le point milieu doit préparer.
- Remplissez les fins d'acte et le point milieu, puis l'élément déclencheur et le point le plus bas.
- Écrivez chaque temps fort comme un événement suivi d'une conséquence (« Odile prend Karim à l'essai, donc elle ne peut plus vendre sans le trahir »), pas comme une ambiance.
- Vérifiez les positions par rapport à votre longueur cible, et déplacez les temps forts qui s'éloignent trop de leur place habituelle.
- Développez chaque temps fort en séquences pour y arriver. Cette liste, c'est votre séquencier.
Exemple de beat sheet
Voici un beat sheet court, en trois actes, pour L'Apprenti, l'histoire d'Odile, boulangère au bord de la retraite à Saint-Nazaire, et de Karim, l'apprenti dont personne ne voulait :
- Ouverture : Odile tient seule sa boulangerie depuis la mort de son mari, à bout de forces. L'affiche « À vendre » est déjà dans la vitrine.
- Élément déclencheur : avant l'aube, Karim, 16 ans, se présente pour une annonce d'apprenti qu'elle a oublié de retirer.
- Fin du premier acte : elle le prend à l'essai, persuadée qu'il ne tiendra pas une semaine. Désormais, elle est responsable de quelqu'un.
- Point milieu : elle découvre qu'il dort dans les vestiaires du stade et laisse la clé de l'arrière-boutique sous un pot de fleurs. Elle ne forme plus un apprenti, elle protège un garçon.
- Point le plus bas : un acheteur se présente, Karim surprend la conversation et disparaît, et Odile manque la plus grosse commande de l'année.
- Climax : elle va chercher Karim au stade et lui propose un marché : elle ne vend pas, il passe son CAP.
- Image finale : un an plus tard, c'est Karim qui lève le rideau de fer à quatre heures du matin, et Odile qui arrive en retard.
Pour un exemple construit sur une ouverture à froid, lisez aussi Last Call, dans notre bibliothèque de scénarios en anglais.
Construire son séquencier dans Scenaloom
Dans Scenaloom, le Tableau des temps forts peut partir d'un modèle Structure en trois actes, Plan en quinze beats ou Voyage du héros, chaque temps fort étant placé à sa part habituelle de la longueur cible (110 pages par défaut). La Carte de l'histoire signale les pages qui dépassent la cible, le Plan et le Tableau de scènes servent de séquencier, et les temps forts comme le plan s'exportent avec le scénario. Voyez comment cela fonctionne dans la page plan et temps forts de la documentation ou lancez un projet.
Pour trouver la page de chaque temps fort dans un scénario de votre longueur, utilisez notre calculateur de beat sheet Save the Cat, gratuit.
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'un séquencier ?
C'est la liste numérotée des séquences d'un futur scénario, avec pour chacune l'intitulé (intérieur ou extérieur, lieu, moment) et quelques lignes sur ce qui s'y passe. On l'écrit après le synopsis et avant la continuité dialoguée, pour régler la structure avant d'écrire le moindre dialogue.
Quelle différence entre un séquencier et un beat sheet ?
Le beat sheet ne liste que les grands tournants de l'histoire, en général sur une page. Le séquencier liste toutes les séquences dans l'ordre et fait souvent plusieurs pages. La plupart des auteurs construisent d'abord le beat sheet, puis développent chaque temps fort en séquences.
Quelle différence entre un séquencier et un synopsis ?
Le synopsis raconte l'histoire entière en prose continue, sur une page environ, pour qu'un lecteur puisse la juger. Le séquencier découpe cette même histoire en séquences numérotées, avec leur lieu et leur moment : c'est un outil de construction pour l'auteur, plus qu'un document de présentation.
Qu'est-ce que le beat sheet Save the Cat ?
C'est le modèle de récit en quinze temps popularisé par Blake Snyder dans son livre Save the Cat! (2005). Il découpe un long métrage en quinze tournants, de l'image d'ouverture à l'image finale, chacun placé à une page approximative. On s'en sert pour planifier le rythme et repérer où le milieu d'une version perd son élan.
Combien de temps forts compte un beat sheet ?
Autant que le modèle choisi : un plan en trois actes nomme souvent cinq à huit tournants, le beat sheet en quinze temps en compte quinze, et le voyage du héros douze étapes dans la version de Christopher Vogler. Il n'y a pas de bon nombre ; le test, c'est que chaque temps fort change la direction de l'histoire.
Où placer le point milieu dans un scénario ?
Près du milieu, vers la page 55 d'un long métrage de 110 pages. C'est un tournant qui fait monter les enjeux ou change ce que veut le personnage, souvent une fausse victoire ou une fausse défaite. Un point milieu trop tardif laisse la première moitié du deuxième acte sans direction.