
Une logline est le résumé d'un film ou d'une série en une ou deux phrases, qui nomme le personnage principal, ce qu'il veut, ce qui se dresse sur son chemin et ce qu'il risque de perdre. Exemple : « Un éditeur parisien qui se moque chaque semaine d'un invité naïf se retrouve, cloué chez lui par un tour de reins, à la merci de l'idiot qu'il comptait ridiculiser. » C'est la version de l'histoire que vous dites à voix haute quand on vous demande ce que vous écrivez, et elle doit donner envie de lire le scénario.
En France, on parle souvent de pitch pour désigner la même chose, même si le pitch peut aussi être un texte de quelques lignes ou une présentation orale de deux minutes. La logline sert dans les courriels aux producteurs, les rendez-vous de pitch, les concours et les fiches de lecture, mais son rôle le plus utile se joue avant que quiconque ne la lise. C'est un test : si vous n'arrivez pas à l'écrire, il manque en général quelque chose à l'histoire, un objectif clair, un vrai adversaire ou un enjeu.
Que contient une logline ?
Une logline a besoin de quatre éléments : un personnage principal précis, un objectif ou un problème, un obstacle et un enjeu. Un cinquième, l'ironie, la rend mémorable : un décalage qui oppose le personnage à sa situation.
- Le personnage : décrit par un trait révélateur plutôt que par un prénom. « Un ancien gardien de phare » en dit plus que « Yves ».
- La situation de départ : l'événement qui lance l'histoire, en général dans une proposition qui commence par « quand » ou « après ».
- L'objectif : ce que le personnage entreprend activement. Il doit se voir à l'écran.
- L'obstacle : qui ou quoi l'en empêche, idéalement une force qui grandit.
- L'enjeu : ce qu'il perd s'il échoue. Sans enjeu, l'objectif n'est qu'une course à faire.
Logline : exemples tirés de films français
Pour voir comment ces éléments s'assemblent, voici des loglines que nous avons écrites pour des films français très connus. Chacune met l'accent sur un élément différent.
Le Dîner de cons (1998)
Un éditeur parisien qui se moque chaque semaine d'un invité naïf lors d'un dîner entre amis se retrouve, cloué chez lui par un tour de reins, à la merci de l'idiot qu'il comptait ridiculiser, et qui va méthodiquement détruire sa soirée. L'ironie est tout le film : le moqueur devient la victime.
Bienvenue chez les Ch'tis (2008)
Muté par sanction dans un Nord qu'il imagine glacial et hostile, un directeur de poste provençal découvre qu'il s'y plaît, mais doit continuer de décrire l'enfer à sa femme pour ne pas perdre le couple que ce mensonge a ressoudé. L'enjeu est intime, l'obstacle vient du personnage lui-même.
La Haine (1995)
Au lendemain d'une émeute, trois amis de banlieue errent vingt-quatre heures entre leur cité et Paris, avec le revolver qu'un policier a perdu et que l'un d'eux a juré d'utiliser si leur ami blessé meurt. Ici, c'est l'horloge qui fait la tension.
Les Visiteurs (1993)
Projeté par erreur dans les années 1990 avec son écuyer, un chevalier du XIIe siècle doit trouver le moyen de rentrer dans son époque pour réparer le crime qui a tout déclenché, alors que son écuyer, lui, prend goût au monde moderne. Le décalage entre le personnage et son monde fait le comique.
Exemples de loglines pour des scénarios originaux
Ces loglines originales ont été écrites pour les scénarios d'une page de notre bibliothèque de scénarios, imaginés comme des longs métrages complets. Les scénarios eux-mêmes sont en anglais.
Last Call (drame)
Quand un jeune homme trempé entre dans son diner de nuit avec un sac de billets envoyé par son père, mort depuis six ans, une patronne méfiante doit le cacher aux gens qui suivent l'argent avant qu'ils n'atteignent le seul endroit où elle se sent encore à l'abri.
The Keeper (mystère)
Après neuf ans à consigner une mer vide, un gardien de phare voit une lumière répondre à la sienne depuis le large, et doit découvrir qui lui envoie ces signaux avant que les propriétaires de l'île ne désaffectent le phare et ne le renvoient à terre pour de bon.
The Interview (comédie)
Une candidate très guindée comprend que la start-up qui lui fait passer un entretien ne pourra pas payer les salaires vendredi, et que le seul moyen d'être payée est de sauver l'entreprise de son fondateur de 22 ans.
The Locked Room (lieu unique)
Trois inconnus coincés dans un ascenseur à minuit doivent garder leur calme quand ils comprennent que le colis du coursier, qui fait tic-tac, n'est peut-être pas une horloge.
Remarquez ce qui manque : pas de prénoms, sauf quand le titre en impose un, pas de phrase sur le thème, pas d'adjectifs comme « bouleversant » ou « haletant ». C'est la situation qui fait vendre.
Comment écrire une logline
Le plus rapide est de remplir un modèle, puis de réécrire la phrase jusqu'à ce qu'elle ne sonne plus comme un modèle. Une forme de départ fiable : quand [élément déclencheur], un [personnage avec un défaut] doit [objectif] avant [enjeu], malgré [obstacle].
- Désignez le personnage par le trait qui compte le plus pour l'histoire, plus un adjectif qui laisse deviner un défaut.
- Énoncez l'élément déclencheur en aussi peu de mots que possible.
- Formulez l'objectif avec un verbe d'action : retrouver, voler, fuir, protéger, prouver.
- Rendez l'obstacle concret. « Des forces obscures », c'est flou ; « le cartel qui a payé la maison », c'est une histoire.
- Ajoutez l'enjeu, avec un compte à rebours s'il y en a un.
- Ramenez le tout à 25 à 45 mots. Supprimez les prénoms, les intrigues secondaires et tout ce qui ne compte qu'à la page 70.
- Lisez-la à voix haute à quelqu'un qui ne connaît pas l'histoire et demandez-lui de quoi parle le film. Si sa réponse diffère de la vôtre, reprenez.
Une formule de logline
Une formule est un point de départ, pas la phrase finie. En voici une qui couvre la plupart des loglines :
Remplie, cela donne : « Quand un jeune homme trempé apporte un sac de billets de la part d'un père mort depuis six ans, une patronne de diner méfiante doit le cacher aux gens qui veulent récupérer l'argent, sinon elle perdra le seul endroit où elle s'est jamais sentie à l'abri. » Coupez ensuite chaque mot qui ne change pas l'image.
Logline, pitch, accroche et synopsis
La logline, l'accroche et le synopsis résument tous une histoire, mais pas pour le même lecteur. La logline dit à un professionnel ce qu'est l'histoire ; l'accroche éveille la curiosité du public ; le synopsis raconte toute l'intrigue, fin comprise.
- La logline : une ou deux phrases, pour les producteurs, les agents, les concours et les collaborateurs. Elle énonce le personnage, l'objectif, l'obstacle et l'enjeu.
- Le pitch : selon les interlocuteurs, la logline elle-même ou une version un peu plus longue, écrite ou orale, qui ajoute le ton et ce qui rend le projet singulier.
- L'accroche (la tagline de l'affiche) : une phrase de promotion pour l'affiche ou la bande-annonce. Elle suggère le ton et pique la curiosité sans expliquer l'intrigue. Pour The Locked Room, ce pourrait être : « Quinze étages. Trois inconnus. Une horloge très bruyante. »
- Le synopsis : un résumé en prose, d'une demi-page à quelques pages, au présent, qui couvre les grands tournants et révèle la fin. Notre guide du synopsis détaille la méthode.
Le traitement va plus loin encore et raconte l'histoire séquence par séquence. La logline vient en premier parce que tous les documents plus longs la développent.
Quelle longueur pour une logline ?
Une phrase, parfois deux, en général 25 à 50 mots : assez court pour être dit d'une seule respiration. Si la vôtre dépasse deux phrases, elle transporte de l'intrigue qui appartient au synopsis.
Quand écrire la logline ?
Avant le séquencier, pour tester l'idée, puis à nouveau après chaque version. La première dit si vous tenez une histoire ; la dernière dit au lecteur ce que vous avez réellement écrit. Si la logline change à chaque version, c'est que l'histoire n'a pas encore trouvé sa forme.
Réécrire une logline : avant et après
- Trop vague : « La vie d'une femme bascule à jamais quand un inconnu arrive. » Ni personnage, ni objectif, ni enjeu.
- Trop d'intrigue : « Une patronne de diner rencontre un jeune homme dont le père a simulé sa mort, puis ils partent dans un motel, puis la bande les retrouve, puis… » C'est un synopsis, pas une logline.
- Ça marche : « Une patronne de diner méfiante doit cacher un jeune homme et l'argent d'un mort aux gens qui viennent chercher les deux, ou perdre le seul endroit où elle s'est jamais sentie à l'abri. » Un personnage, un objectif, un prix.
Laissez de côté les prénoms, sauf si le personnage est célèbre : « une patronne de diner méfiante » travaille davantage que « Mara ».
Les erreurs fréquentes
- Décrire le thème au lieu de l'histoire : « un film sur le deuil et le pardon » ne donne rien à imaginer.
- Un personnage passif, qui réagit sans jamais rien poursuivre.
- Énumérer toutes les intrigues secondaires. Une ligne claire vaut mieux que trois lignes encombrées.
- Cacher l'idée forte. Si le rebondissement est la raison de lire, mettez-le dans la logline.
- Comparer à d'autres films au lieu de décrire le vôtre. Les comparaisons ont leur place dans le pitch, après la logline.
Comment tester une logline
Une logline fonctionne quand un inconnu peut la répéter et voir le film. Faites-lui passer quatre tests rapides avant de bâtir quoi que ce soit dessus.
- Le test de l'image : celui qui l'écoute peut-il imaginer l'affiche et une scène de la bande-annonce ? Sinon, l'objectif ou l'obstacle est trop abstrait.
- Le test du verbe : l'objectif est-il une action que l'on peut filmer ? « Faire la paix avec son passé » échoue ; « ramener son frère à la maison » réussit.
- Le test de l'adversaire : y a-t-il une personne ou une force qui résiste activement, et qui se renforce ?
- Le test du « pourquoi maintenant » : l'élément déclencheur explique-t-il pourquoi l'histoire commence aujourd'hui et pas l'an dernier ?
Si une logline échoue à un test, corrigez l'histoire, pas seulement la phrase. Un objectif flou dans la logline, c'est presque toujours un deuxième acte flou dans le scénario.
Se servir de la logline pour tester la structure
Une fois la logline au point, chacune de ses parties se cale sur la forme de l'histoire : l'élément déclencheur est le catalyseur, l'objectif définit le deuxième acte, l'obstacle fournit ses complications et l'enjeu décide du climax. Notre guide du séquencier et du beat sheet montre comment développer une logline en tournants.
Écrire sa logline dans Scenaloom
Dans Scenaloom, l'Univers, la bible de l'histoire rattachée à chaque projet, comporte une entrée Logline à côté de l'Enjeu central et de vos propres entrées personnalisées. Scenaloom AI lit la bible de l'histoire quand vous lui demandez de l'aide : ses suggestions partent donc de votre logline plutôt que d'une supposition. Consultez la page univers et connaissances de la documentation ou lancez un projet.
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Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'une logline au cinéma ?
C'est la description d'un film en une ou deux phrases, qui donne le personnage principal, son objectif, l'obstacle principal et l'enjeu. Producteurs, agents, concours et lecteurs s'en servent pour décider s'ils liront le scénario. Elle décrit l'histoire elle-même, contrairement à l'accroche, qui est une phrase de promotion destinée au public.
Quelle différence entre une logline et un pitch ?
En France, les deux mots sont souvent employés l'un pour l'autre. Quand on les distingue, la logline est la phrase qui résume l'histoire, et le pitch une présentation un peu plus longue, écrite ou orale, qui ajoute le ton, le genre et ce qui rend le projet singulier. Si l'on vous demande un pitch sans précision, deux ou trois phrases sont un bon point de départ.
Quelle longueur pour une logline ?
Une phrase de 25 à 45 mots en général, deux au maximum. Plus court, c'est mieux, à condition de nommer encore le personnage, l'objectif, l'obstacle et l'enjeu. Si vous avez besoin de plus de deux phrases, l'histoire a probablement plus d'un conflit central, ou la logline transporte des intrigues secondaires dont elle n'a pas besoin.
Faut-il mettre le nom des personnages dans une logline ?
En général, non. Une description comme « un ancien gardien de phare » en dit plus à un lecteur qu'un prénom qu'il n'a jamais entendu. Les noms se justifient pour des personnes réelles dans un film biographique, pour un personnage célèbre dans une adaptation, ou quand le titre est le nom du personnage.
Une série a-t-elle besoin d'une logline ?
Oui. La logline d'une série décrit son moteur, la situation qui va produire des épisodes, tandis que celle du pilote décrit l'histoire du premier épisode. Beaucoup d'auteurs mettent les deux dans la bible de la série : une phrase pour la série, une pour l'épisode pilote.