
Un intertitre est un texte que le spectateur lit à l'écran, seul sur un fond noir, entre deux plans : un lieu, une date, un titre de chapitre ou une information. Hérité du cinéma muet, on l'appelle aujourd'hui le plus souvent un carton. Dans un scénario, on l'écrit CARTON : suivi du texte exact entre guillemets ; quand les mots s'affichent par-dessus l'image, on écrit INCRUSTATION : (SUPER: dans un scénario américain).
Le texte à l'écran est l'un des rares endroits où le scénariste fixe les mots exacts que verra le public : la présentation tient donc à la précision. Où le texte apparaît, ce qu'il dit, et ce qu'il y a derrière. Ce guide traite de l'incrustation, du carton plein écran, du titre du film, des cartons de chapitre et du texte qui défile, avec des exemples originaux. Pour le reste de la page, voyez notre guide du format scénario.
Qu'est-ce qu'un intertitre ?
Au temps du cinéma muet, les intertitres portaient tout ce que l'image ne pouvait pas dire : les dialogues, les explications, les liaisons entre les séquences. Avec le parlant, ils sont devenus rares, mais le procédé n'a jamais disparu. On le retrouve pour une date en ouverture, un « six mois plus tard », un découpage en chapitres ou un dernier texte avant le générique de fin.
Intertitre, carton, titre : les mots se recoupent. Dans la pratique, on parle de carton pour un texte sur fond uni, et d'incrustation (ou de surimpression) pour un texte posé sur l'image. En presse et en édition, l'intertitre désigne aussi le petit titre qui découpe un article ; ce guide ne parle que de cinéma.
L'incrustation : du texte sur l'image
L'incrustation est un texte posé sur une image en mouvement. C'est la forme de texte à l'écran la plus courante. Elle s'écrit dans la description, en général après l'intitulé et une ligne qui décrit l'image, pour que le lecteur sache sur quoi les mots s'affichent.
EXT. GARE MARITIME - AUBE Des mouettes tournent au-dessus d'une file de camions, moteur au ralenti. Un guichet relève son rideau. INCRUSTATION : « Calais. Six jours avant la grève. »
Trois usages gardent une incrustation claire :
- INCRUSTATION : en capitales, suivi du texte entre guillemets, exactement tel qu'il doit se lire.
- Placez-la après la description de l'image, pas avant : le lecteur voit l'image d'abord, comme le spectateur.
- Gardez un texte court. S'il faut plus de quelques secondes pour le lire, coupez-le ou faites-en un carton.
Certains auteurs écrivent SURIMPRESSION :, SOUS-TITRE : ou même SUPER:, à l'américaine. Tous se comprennent ; choisissez-en un et tenez-vous-y d'un bout à l'autre du scénario.
Indiquer un lieu ou une date à l'écran
Une incrustation de lieu ou de date dit au spectateur où ou quand se passe la séquence quand l'image ne suffit pas. L'intitulé le dit déjà au lecteur, mais le spectateur ne voit jamais les intitulés : l'incrustation est le moyen de faire passer l'information à l'écran.
Servez-vous-en quand le lieu ou la date comptent pour l'histoire et ne peuvent pas se montrer : la première séquence dans une nouvelle ville, un saut de plusieurs années, un compte à rebours. Passez-vous-en quand l'image fait le travail : un plan de la tour Eiffel n'a pas besoin d'étiquette.
INT. COULOIR D'HÔPITAL - NUIT INCRUSTATION : « Onze ans plus tard. » Le même distributeur, cabossé maintenant. Ana, plus âgée, y glisse une pièce et attend.
Ici, l'incrustation vient en premier, parce que le saut dans le temps doit être compris avant que le spectateur ne lise l'image. Les deux ordres se valent ; choisissez celui qui correspond à ce que le spectateur doit remarquer d'abord.
Le carton : du texte seul à l'écran
Le carton est un texte affiché en plein écran, sans image derrière, en général en blanc sur fond noir. Écrivez-le comme un temps à part, souvent après un noir ou avant une ouverture en fondu, pour que le lecteur sache que l'image a disparu.
ÉCRAN NOIR. CARTON : « En 1952, la rivière a changé de lit en une seule nuit. » OUVERTURE EN FONDU EXT. LIT DE RIVIÈRE À SEC - JOUR
Certains auteurs préfèrent l'écrire comme une description : Sur fond noir, un texte blanc apparaît, suivi des mots. L'essentiel est que le lecteur comprenne que l'image a disparu et connaisse le texte exact.
Le générique et le titre du film
Un scénario que l'on envoie détaille rarement le générique de début. Si l'apparition du titre est un moment voulu, une coupe sèche sur le titre après un pré-générique par exemple, écrivez-la comme un carton ou une incrustation, et laissez le reste du générique au montage.
Léon claque le coffre. La serrure cliquette. > CUT BRUTAL CARTON : « LE GRAND DÉTOUR »
Si le titre s'affiche sur une séquence, dites-le dans la description : Le titre du film apparaît sur l'autoroute déserte. Le pré-générique de Last Call, en anglais, montre comment une ouverture peut mener jusqu'à ce moment. Notre guide du fondu enchaîné et des transitions présente le cut brutal.
Les cartons de chapitre
Les cartons de chapitre découpent un film ou un épisode en parties nommées, chacune annoncée par un carton. C'est un choix de style : n'y recourez que si la structure fait partie de la façon dont l'histoire doit se vivre, et gardez exactement la même présentation à chaque fois.
CARTON : « DEUXIÈME PARTIE : LE TÉMOIN » INT. SALLE D'INTERROGATOIRE - JOUR Un magnétophone se met en marche.
Nommez les parties de façon cohérente (toutes numérotées, toutes titrées, ou les deux) et placez chaque carton à un vrai tournant de l'histoire, pour que les chapitres reflètent la structure au lieu de la décorer.
Texte qui défile, panneaux et sous-titres
Les autres textes à l'écran ont leurs propres usages :
- Le texte qui défile : dites qu'il défile, puis donnez le texte, par exemple Un texte remonte sur un ciel étoilé, suivi des lignes entre guillemets.
- Les panneaux, unes de journaux et écrans qui font partie du décor : décrivez-les dans la description, souvent en capitales, comme une pancarte où l'on lit ENTRÉE INTERDITE APRÈS LA NUIT TOMBÉE. Ce ne sont pas des incrustations : ils font partie de l'image.
- Les dialogues traduits : écrivez la réplique en français et ajoutez la didascalie (en portugais, sous-titré), ou indiquez une seule fois dans la description que la séquence se joue en version sous-titrée.
- Les téléphones et les ordinateurs : utilisez INSERT ou SUR L'ÉCRAN ; notre guide des SMS dans un scénario les détaille.
Les erreurs fréquentes
- Confier à un carton une information que la séquence devrait mettre en scène. Si un carton explique le passé du personnage, demandez-vous si une séquence pourrait le montrer.
- Des mentions incohérentes : INCRUSTATION à une page, SURIMPRESSION à la suivante, SUPER à la troisième.
- Un texte trop long pour être lu pendant qu'il reste à l'écran.
- Oublier les guillemets, si bien que le lecteur ne distingue plus la description des mots affichés.
Le texte à l'écran dans Scenaloom
Dans Scenaloom, une incrustation s'écrit dans une ligne d'Action, comme la description, et l'élément Sous-titre compose une ligne centrée pour un texte qui se suffit à lui-même, comme un carton ou le mot FIN. Malgré son nom, il n'a rien à voir avec les sous-titres de traduction. Les deux s'impriment dans le PDF exactement comme sur la page de l'éditeur. Voyez la mise en forme du texte pour tous les éléments, ou commencez un scénario.
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'un intertitre au cinéma ?
Un intertitre est un texte affiché seul à l'écran entre deux plans, en général sur fond noir. Au temps du muet, il portait les dialogues et les explications ; aujourd'hui, on l'appelle plutôt carton et on s'en sert pour une date, un saut dans le temps, un titre de chapitre ou un texte d'ouverture.
Comment écrire un carton dans un scénario ?
Écrivez CARTON : suivi du texte exact entre guillemets, sur sa propre ligne dans la description, en général après un noir pour que le lecteur sache que l'image a disparu. Pour un texte posé sur une image, écrivez plutôt INCRUSTATION :. Gardez un texte assez court pour être lu en quelques secondes.
Quelle différence entre un carton et une incrustation ?
L'incrustation s'affiche par-dessus l'image : le spectateur voit les deux en même temps. Le carton occupe tout l'écran, seul, le plus souvent en blanc sur noir. Utilisez l'incrustation pour un lieu ou une date, le carton pour un texte d'ouverture, un titre de chapitre ou le titre du film.
Que veut dire SUPER dans un scénario ?
SUPER, abréviation de superimpose, est la mention américaine de l'incrustation : un texte posé sur l'image, comme un nom de lieu ou une date. Dans un scénario français, on écrit plutôt INCRUSTATION : ou SURIMPRESSION :, suivi des mots entre guillemets, après la description de l'image.
Faut-il écrire le générique dans un scénario ?
Non. Le générique se règle au montage. N'écrivez le titre du film comme un carton ou une incrustation que si son apparition est un moment voulu, comme une coupe sèche sur le titre après un pré-générique. Le réalisateur et le monteur décident du reste.