
L'en-tête de scène, qu'on appelle aussi intitulé de séquence, est la ligne en capitales qui ouvre chaque séquence d'un scénario : INT. ou EXT., le lieu, puis le moment de la journée, comme dans INT. BOULANGERIE - NUIT. Dans un scénario, INT. signifie intérieur (la séquence se passe dedans) et EXT. signifie extérieur (dehors).
L'intitulé ne sert pas qu'à planter le décor pour le lecteur. La production dépouille le scénario intitulé par intitulé : chacun dit à l'équipe s'il faut éclairer un décor ou courir après la lumière du jour, où envoyer les camions et quelles séquences peuvent se tourner ensemble. C'est pour cela qu'il obéit à des règles strictes.
En-tête de scène, intitulé de séquence, slugline : de quoi parle-t-on ?
Les trois mots désignent la même ligne. En France, on dit le plus souvent intitulé de séquence, parce que le scénario français raisonne en séquences ; en-tête de scène est la traduction directe du scene heading américain, et slugline le terme d'atelier que vous croiserez dans les ouvrages en anglais. Certains appellent aussi « slug » les intitulés secondaires courts décrits plus bas.
Une nuance tout de même : dans la tradition française, une séquence peut regrouper plusieurs scènes qui poursuivent le même but dramatique. Dans un scénario, pourtant, chaque changement de lieu ou de moment ouvre un nouvel intitulé, et c'est ce découpage que suivent le séquencier et le plan de travail.
Les trois parties d'un intitulé de séquence
- INT. ou EXT. : où se trouve la caméra, dedans ou dehors. Écrivez l'abréviation avec un point.
- Le lieu : en capitales, du général au particulier, séparé par un tiret ou une virgule, comme FERME - CUISINE. Nommez-le de la même façon chaque fois que vous y revenez.
- Le moment : en général JOUR ou NUIT. MATIN, SOIR, AUBE, CRÉPUSCULE ou une heure précise conviennent quand la différence compte pour l'histoire ou pour le tournage.
Les parties se séparent par une espace après le point et par un tiret entouré d'espaces avant le moment :
INT. GARE MARITIME - SALLE D'ATTENTE - NUIT EXT. VIGNOBLE EN COTEAU - AUBE INT. HÔPITAL - CAGE D'ESCALIER - JOUR
Les variantes françaises de l'intitulé
L'ordre INT. LIEU - MOMENT vient du format américain et s'est largement imposé. Vous rencontrerez pourtant d'autres présentations dans les scénarios français, toutes acceptées tant qu'elles restent identiques du début à la fin :
- Avec le numéro de séquence en tête : 12. INT. CUISINE - JOUR. C'est l'usage le plus courant dans une continuité dialoguée française.
- Avec le moment accolé à INT. ou EXT. : 12. INT. JOUR - CUISINE, ou INT./JOUR, qui regroupe les deux informations dont le plan de travail a besoin.
- En gras ou souligné : certains auteurs font ressortir l'intitulé ainsi. La capitale reste de règle.
Gardez les accents sur les capitales (HÔPITAL, FORÊT, CAFÉ) : ils font partie du nom du lieu, et un logiciel qui classe les décors les distingue.
Que veut dire INT./EXT. ?
INT./EXT. signale une séquence qui se joue à la fois dedans et dehors, ou qui franchit le seuil en cours de route. Le cas classique est la voiture qui roule : on voit le conducteur à travers le pare-brise et la route autour de lui. Une conversation sur le pas d'une porte ou sous un porche en est un autre. Certains abrègent en I/E. Ne l'employez que si la séquence a vraiment besoin des deux ; sinon, choisissez et ouvrez un nouvel intitulé quand les personnages passent de l'un à l'autre.
INT./EXT. CAMIONNETTE DE LIVRAISON - EN MOUVEMENT - NUIT Les essuie-glaces battent. NADIA (30 ans) conduit d'une main et mange des nouilles froides à même la boîte.
CONTINU, PLUS TARD et QUELQUES INSTANTS PLUS TARD
CONTINU remplace le moment de la journée quand une séquence enchaîne directement sur la précédente, sans ellipse : en général un personnage qui passe d'un espace à l'autre. PLUS TARD signifie que du temps a passé dans le même lieu, QUELQUES INSTANTS PLUS TARD qu'il s'en est écoulé très peu. Dans les scénarios américains, ce sont CONTINUOUS, LATER et MOMENTS LATER.
INT. IMMEUBLE - COULOIR - NUIT Nadia referme la porte d'un coup d'épaule et court vers l'escalier. INT. CAGE D'ESCALIER - CONTINU Elle monte les marches deux à deux. INT. IMMEUBLE - COULOIR - PLUS TARD La porte est grande ouverte. La lumière du couloir est éteinte.
Vous verrez aussi AU MÊME MOMENT (deux lieux au même instant, souvent avant un montage alterné) et des précisions comme LE LENDEMAIN MATIN. Employez-les quand elles aident le lecteur à suivre le temps ; laissez-les de côté quand JOUR ou NUIT suffisent.
Les intitulés secondaires
Un intitulé secondaire est une courte mention en capitales, à la marge de la description, qui déplace l'action vers une autre partie du même lieu sans répéter INT., EXT. ni le moment. Il garde lisible une longue séquence dans une seule maison ou un seul bateau, sans la hacher en une douzaine d'intitulés complets.
INT. VIEUX MOULIN - NUIT Des machines sous des draps poussiéreux. Le faisceau de la lampe de Nadia balaie la pièce. À L'ÉTAGE Le plancher cède sous son poids. Quelque chose roule dans le noir. RETOUR AU REZ-DE-CHAUSSÉE La porte par laquelle elle est entrée est maintenant fermée.
Les intitulés secondaires fonctionnent quand la géographie est déjà claire. Si le déplacement change la lumière, le moment ou le monde extérieur, écrivez un intitulé complet. Un scénario en décor unique comme The Locked Room, en anglais, montre jusqu'où peut aller un seul lieu.
Le plan d'ensemble (establishing shot)
Le plan d'ensemble montre l'extérieur d'un lieu avant qu'on entre à l'intérieur, pour que le spectateur sache où il se trouve. Dans l'intitulé, on l'indique en général en ajoutant PLAN D'ENSEMBLE (ESTABLISHING en anglais), suivi tout au plus d'une ligne de description :
EXT. PHARE - PLAN D'ENSEMBLE - AUBE INT. PHARE - SALLE DE LA LANTERNE - CONTINU Le gardien astique la lentille sans la regarder.
Réservez-le aux lieux qui portent eux-mêmes une information. Beaucoup de réalisateurs en décident de toute façon : un scénario que l'on envoie n'en a pas besoin avant chaque séquence.
L'intitulé dans le scénario de tournage
Quand le scénario entre en préparation, chaque intitulé reçoit un numéro de séquence dans les deux marges, et ces numéros sont ensuite verrouillés. Une séquence ajoutée entre la 12 et la 13 devient la 12A ; une séquence coupée garde son numéro avec la mention SUPPRIMÉE, pour que le plan de travail et les feuilles de service n'aient jamais à être renumérotés.
Le texte même de l'intitulé compte davantage à ce stade : le dépouillement du premier assistant regroupe les séquences par intérieur ou extérieur, par décor et par jour ou nuit. Un intitulé qui nomme un lieu de deux façons peut se retrouver planifié comme deux décors différents.
Écrire un intitulé de séquence, étape par étape
- Commencez une nouvelle ligne à la marge gauche, avec une ligne vide au-dessus.
- Tapez INT. ou EXT., ou INT./EXT. si la séquence se joue vraiment des deux côtés.
- Nommez le lieu en capitales, du général au particulier, exactement comme la fois précédente.
- Ajoutez un tiret entouré d'espaces et le moment de la journée, ou CONTINU, PLUS TARD ou QUELQUES INSTANTS PLUS TARD.
- Faites-le suivre d'une description, jamais d'un dialogue : le lecteur doit voir l'espace avant que quelqu'un parle.
- Vérifiez la page : un intitulé ne doit jamais être la dernière ligne en bas.
Les erreurs fréquentes dans les intitulés
- Nommer un lieu de deux façons (CUISINE, puis CUISINE DE JO). Le lecteur s'y perd, et toute liste de décors tirée du scénario compte deux lieux.
- Oublier le moment de la journée : le lecteur ne sait plus quand se passe la séquence.
- Mettre de l'action dans l'intitulé, comme INT. BAR - NUIT - ELLE ENTRE. L'intitulé s'en tient au lieu et au moment.
- Ouvrir un intitulé complet à chaque pas dans la même pièce, là où un intitulé secondaire ou une simple description suffiraient.
- Écrire les intitulés en minuscules. Ils sont toujours entièrement en capitales.
Flashbacks, rêves et montages ajoutent leurs propres mentions à l'intitulé : notre guide pour écrire un flashback les présente, et le guide du format scénario couvre le reste de la page. Pour bâtir ce qui se passe sous l'intitulé, lisez comment écrire une scène.
Les intitulés dans Scenaloom
Dans Scenaloom, l'intitulé est un élément à part entière, appelé Scène dans la barre de format. Choisissez-le avec Tab sur une ligne vide ou avec un raccourci clavier ; après une transition, Entrée en ouvre un pour vous. Appuyez sur Entrée à la fin de l'intitulé et vous voilà sur une ligne d'Action, pour la description. Scenaloom construit votre page des lieux et votre liste des scènes à partir des intitulés : un lieu toujours nommé de la même façon n'apparaît qu'une fois, avec toutes ses séquences. Les numéros de scène s'affichent et se verrouillent pour la production. Commencez un scénario et les intitulés se mettent en forme pendant que vous tapez.
Questions fréquentes
Que veut dire INT. dans un scénario ?
INT. signifie intérieur : la séquence se passe dedans, ou la caméra se trouve à l'intérieur d'un espace comme une pièce, une voiture ou une tente. C'est la première partie de l'intitulé, suivie du lieu et du moment de la journée, comme dans INT. CUISINE - NUIT. Elle indique à l'équipe que la séquence se tournera en studio ou dans un décor intérieur.
Que veut dire EXT. dans un scénario ?
EXT. signifie extérieur : la séquence se passe dehors, dans une rue, un champ ou sur un toit. Comme INT., il ouvre l'intitulé (EXT. PORT - AUBE) et prévient la production que la séquence dépend de la lumière naturelle et de la météo. Une séquence qui passe du dedans au dehors utilise INT./EXT.
Quand écrire CONTINU dans un scénario ?
À la place du moment de la journée, quand une séquence suit directement la précédente sans ellipse, typiquement un personnage qui marche ou court d'un lieu à l'autre. CONTINU dit au lecteur que l'action ne s'interrompt pas. Si du temps a passé dans le même lieu, écrivez plutôt PLUS TARD ou QUELQUES INSTANTS PLUS TARD.
Quelle différence entre PLUS TARD et QUELQUES INSTANTS PLUS TARD ?
PLUS TARD indique qu'un temps notable s'est écoulé dans le même lieu, des minutes ou des heures. QUELQUES INSTANTS PLUS TARD indique un écart très court, le temps que quelqu'un vienne ouvrir une porte. Les deux remplacent JOUR ou NUIT dans l'intitulé et supposent le même lieu après un petit saut dans le temps.
Faut-il numéroter les intitulés de séquence ?
Dans une continuité dialoguée française, c'est l'usage le plus courant, et les lecteurs y sont habitués. Dans le format américain, on n'ajoute les numéros qu'au scénario de tournage. Dans les deux cas, une fois la préparation lancée, les numéros sont verrouillés : une séquence ajoutée devient 12A, une séquence coupée reste marquée SUPPRIMÉE.
Les intitulés doivent-ils être en gras ?
Ils doivent être en capitales ; le gras est facultatif. Certains auteurs mettent les intitulés en gras pour retrouver les séquences plus vite, d'autres non, et les lecteurs acceptent les deux. Ce qui compte, c'est la cohérence : tous les intitulés du scénario doivent se ressembler.