
Une didascalie est une indication écrite par l'auteur d'une pièce ou d'un scénario qui n'est pas destinée à être dite : elle précise un geste, un ton, un déplacement, un décor ou le destinataire d'une réplique. Au théâtre, on la lit en italique entre les répliques ; dans un scénario, la didascalie est surtout la courte note entre parenthèses placée sous le nom du personnage, au-dessus de son dialogue.
Ce guide explique d'où vient le mot, ce que recouvre la didascalie au théâtre et au cinéma, puis comment présenter une didascalie dans un scénario, ce que signifie (un temps), les quatre usages qui la justifient et les habitudes qui affaiblissent un texte. Pour le reste de la page (noms, dialogues, transitions), voyez notre guide du format scénario.
Qu'est-ce qu'une didascalie ?
Le mot vient du grec didaskalia, « enseignement » : les instructions que l'auteur donnait aux acteurs. Il se prononce « di-das-ka-li », le c se disant comme un k. Une didascalie s'adresse au lecteur, au metteur en scène ou au comédien, jamais au public : elle ne sera pas prononcée sur scène ni à l'écran.
On distingue en général les didascalies externes, écrites à part du texte (en italique, entre parenthèses, sous le nom du personnage), et les didascalies internes, glissées dans les répliques elles-mêmes. Quand un personnage dit « Pose ce couteau » ou « Tu trembles », le dialogue indique déjà un geste ou un état : c'est une didascalie interne, et c'est souvent la plus élégante.
Les didascalies au théâtre
Dans une pièce imprimée, les didascalies sont nombreuses et variées. Elles se rangent d'ordinaire en quelques familles :
- Les didascalies initiales : la liste des personnages et le lieu de l'action, au début de la pièce ou de l'acte.
- Le décor et l'époque : ce que l'on voit quand le rideau se lève, la lumière, le moment.
- Les entrées, sorties et déplacements : qui arrive, qui part, qui traverse la scène.
- Le ton et le jeu : à voix basse, en riant, à part, ou le célèbre « Un temps. », qui marque une pause.
- Le destinataire : à qui s'adresse la réplique quand plusieurs personnages sont en scène.
La didascalie dans un scénario
Un scénario hérite de toutes ces indications, mais il les range en deux endroits. Tout ce qui décrit le lieu, l'action et les déplacements va dans la description, les lignes pleine largeur sous l'intitulé ; certains auteurs français appellent d'ailleurs l'ensemble de ces lignes « les didascalies ». Ce qui touche à une réplique précise (le ton, un petit geste, le destinataire) va dans la didascalie au sens strict, entre parenthèses. C'est l'élément que les scénarios américains appellent parenthetical, et que Scenaloom, comme beaucoup de scénaristes français, nomme Didascalie.
Les scénaristes s'en servent avec parcimonie : le dialogue et l'action qui l'entourent doivent porter la séquence, et la didascalie ne comble que le vide qu'ils laissent.
Comment présenter une didascalie dans un scénario
Une didascalie vit toujours à l'intérieur d'une réplique. Elle se place juste sous le nom du personnage, ou entre deux phrases du même personnage, jamais après la dernière ligne d'une réplique. Les règles sont peu nombreuses et strictes :
- En minuscules, entre parenthèses, sans point final : (à voix basse), et non (À voix basse.).
- Sur sa propre ligne, à environ 7,9 cm du bord gauche de la page : plus étroite que le dialogue, pour qu'on la lise comme une note et non comme une parole.
- Courte. Une didascalie qui dépasse deux lignes est en général de la description déguisée.
- Sans ligne vide avant ni après. Le nom, la didascalie et le dialogue forment un seul bloc.
NICOLAS (au serveur) Deux cafés. Serrés. (à Inès) Tu le prends toujours serré ? INÈS Je ne l'ai jamais pris serré.
Dans cet exemple, les didascalies changent le destinataire de la réplique en cours de route. Sans elles, le lecteur ne saurait pas que la première phrase s'adresse au serveur et la seconde à Inès : c'est le cas où une note entre parenthèses est l'outil le plus clair.
Que veut dire (un temps) dans un scénario ?
(Un temps), parfois simplement (temps), marque une courte pause à l'intérieur d'une réplique : le personnage s'arrête, quelque chose bascule, puis il reprend. Les scénarios américains écrivent (beat). C'est la didascalie la plus fréquente, et elle fonctionne le mieux quand le lecteur sent pourquoi le personnage s'est arrêté.
ODILE La clé était dans le tiroir. Je l'y ai mise moi-même. (un temps) Qui d'autre savait, pour le tiroir ?
Ici, la pause est le moment où Odile commence à soupçonner quelqu'un. C'est un temps qui fait son travail : il sépare deux pensées. Ne le confondez pas avec le beat au sens large, la plus petite unité de changement dans une scène ou une histoire, celle qu'une beat sheet répartit sur tout un film. Les deux sens viennent de la même idée : un moment où quelque chose tourne.
Si une pause compte plus qu'une réplique, elle se lit souvent mieux en description. Une ligne comme « Elle regarde le tiroir. Puis lui. » donne une image au comédien et au lecteur, là où (un temps) ne donne qu'un vide.
Quand écrire une didascalie
Une didascalie mérite sa place quand la réplique serait mal lue sans elle. Quatre usages reviennent sans cesse :
Dire à qui s'adresse la réplique
Dans une séquence à trois personnages ou plus, (à Inès) ou (au téléphone) lève le doute sur le destinataire. C'est l'usage le moins discuté, et les lecteurs ne le reprochent presque jamais.
Renverser la lecture évidente
Quand les mots vont dans un sens et l'intention dans l'autre, un seul mot peut sauver la blague ou la menace. « Quel temps magnifique » sous une averse n'a besoin de rien. « Ça va » dans la bouche d'une femme qui vient d'être licenciée peut demander (sincère), si la séquence repose sur la surprise de la voir vraiment aller bien.
Un petit geste lié à la réplique
(empochant la bague) ou (sans lever les yeux) garde un geste à l'intérieur de la réplique, pour qu'il tombe sur le bon mot. Si l'action dépasse quelques mots, ou si d'autres personnages y réagissent, elle va dans la description.
La langue, le volume, le support
(en breton), (en chuchotant) ou (lisant) disent au lecteur ce que les mots sur la page ne peuvent pas dire. Si toute une séquence se joue dans une autre langue, dites-le une fois dans la description plutôt que de le répéter sous chaque nom.
Les didascalies d'humeur, que les lecteurs sautent
Certaines didascalies ne font que nommer une émotion ou un ton : (ironique), (tristement), (en colère). Les lecteurs américains les appellent wrylies, d'après le plus célèbre d'entre eux, (wryly), « avec ironie ». Le mot n'est pas un compliment, et il désigne la façon la plus courante dont les didascalies tournent mal.
Une didascalie d'humeur dit au comédien quoi ressentir au lieu de lui en donner la raison. Si la réplique est en colère, (en colère) n'ajoute rien ; si elle ne l'est pas, le mot ne la rendra pas furieuse. Comédiens et réalisateurs ont tendance à les ignorer, et un lecteur qui en trouve une page pleine conclut que l'auteur ne fait pas confiance à sa séquence.
La solution se trouve presque toujours dans les répliques ou dans la description. Voici une réplique qui s'appuie sur des didascalies d'humeur :
BASTIEN (nerveusement) Bon. Les résultats. (tristement) C'est pas bon, hein ?
Et le même moment, avec le sentiment déplacé dans ce que l'on voit et ce que l'on entend :
Bastien lisse l'enveloppe sur la table. Ne l'ouvre pas. BASTIEN Bon. Les résultats. (un temps) Vous les avez déjà lus.
L'enveloppe qu'il n'ouvre pas montre la nervosité. La dernière réplique, une affirmation plutôt qu'une question, porte l'angoisse sans qu'on la nomme. Le seul (un temps) reste, parce qu'il marque l'instant où il comprend.
Les erreurs fréquentes avec les didascalies
- Placer une didascalie à la fin d'une réplique. Ce qui se passe après la dernière phrase relève de la description.
- Empiler deux didascalies sans dialogue entre elles. Fusionnez-les, ou passez-en une en description.
- Écrire des indications de caméra ou de mise en place : (GROS PLAN SUR SES MAINS) est un plan, pas une didascalie.
- Se servir d'une didascalie pour une extension. (V.O.), (O.S.), (OFF) ou (CONT'D) se placent après le nom, sur la même ligne, pas en dessous.
- En mettre sous chaque réplique. Un bon test : cachez la didascalie avec le pouce ; si la réplique se joue toujours, supprimez-la.
The Interview, dans notre bibliothèque de scénarios, est une séquence d'une page, en anglais, qui mise sur le sous-texte plutôt que sur les indications : lisez-la pour voir de combien peu une réplique a besoin quand les mots font le travail.
La didascalie dans Scenaloom
Dans l'éditeur de scénario de Scenaloom, tapez « ( » sur une ligne de réplique vide et la ligne devient une Didascalie, composée dans sa propre colonne, plus étroite que le dialogue. Entrée vous fait passer de la didascalie au dialogue, et Tab sur une ligne vide bascule entre dialogue et didascalie : vous ne réglez jamais un retrait à la main. Le détail des touches se trouve dans la mise en forme du texte. L'export PDF reprend la même mise en page, et vous pouvez commencer un scénario avec le forfait gratuit.
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'une didascalie ?
Une didascalie est une indication de l'auteur qui n'est pas destinée à être dite. Au théâtre, elle précise le décor, les entrées et sorties, les gestes ou le ton, en général en italique. Dans un scénario, c'est surtout la courte note entre parenthèses placée sous le nom du personnage, qui dit à qui s'adresse la réplique, quel petit geste l'accompagne ou comment elle se dit.
Comment prononcer didascalie ?
« Di-das-ka-li », en quatre syllabes, le « c » se prononçant comme un « k ». Le mot vient du grec didaskalia, qui signifie « enseignement » : à l'origine, les instructions que l'auteur donnait aux acteurs.
Quels sont les différents types de didascalies ?
On distingue les didascalies externes, écrites à part du dialogue, et les didascalies internes, contenues dans les répliques elles-mêmes. Parmi les externes, on trouve les didascalies initiales (personnages, lieu), celles de décor et d'époque, de mouvement (entrées, sorties, déplacements), de ton et de jeu, et celles qui désignent le destinataire d'une réplique.
Que veut dire (un temps) dans un scénario ?
(Un temps) marque une courte pause dans la réplique d'un personnage : il s'arrête, quelque chose le frappe, puis il reprend. C'est l'équivalent du (beat) des scénarios américains. Si la pause est longue ou importante, décrire ce que fait le personnage dans une ligne de description est souvent plus fort.
Combien de didascalies dans un scénario ?
Il n'y a pas de nombre fixe, mais la plupart des lecteurs n'en attendent qu'une poignée par séquence au plus, et beaucoup de répliques n'en ont aucune. Écrivez-en une quand la réplique serait mal lue sans elle : pour indiquer le destinataire, un petit geste calé sur un mot ou une intention contraire aux mots. Si la réplique se joue pareil sans elle, supprimez-la.
Une didascalie peut-elle terminer une réplique ?
Non. Une didascalie ne termine jamais une réplique : elle se place sous le nom du personnage ou entre deux phrases du même personnage. Ce qui se passe après la dernière phrase s'écrit en description, sous la réplique, sur toute la largeur de la page.