
Le story circle est une structure narrative en huit étapes imaginée par le scénariste et producteur américain Dan Harmon : un personnage dans sa zone de confort désire quelque chose, entre dans une situation inconnue, s'y adapte, obtient ce qu'il voulait, le paie très cher, revient à son monde familier et en ressort changé. C'est une version compacte du voyage du héros, conçue pour fonctionner à toutes les échelles, d'une seule scène à une saison entière.
Harmon, créateur des séries Community et Rick et Morty, l'a mis au point pour construire vite des histoires en atelier d'écriture. Si Dan Harmon dessine un cercle plutôt qu'une ligne, c'est pour mettre l'accent sur le retour : le personnage finit là où il a commencé, mais différent. C'est ce qui le rend si utile pour la série, où le monde doit être à peu près revenu en place pour l'épisode suivant.
Les huit étapes du story circle
On le dessine en général comme un cadran d'horloge, avec huit consignes très courtes réparties autour, en partant du haut et dans le sens des aiguilles d'une montre. Voici les étapes, reformulées avec nos mots, et le rôle de chacune.
- Le personnage : quelqu'un dans sa zone de confort. On établit qui il est et le monde ordinaire où il vit.
- Le besoin : il désire quelque chose. Un désir ou un manque vient troubler ce confort.
- Le départ : il entre dans une situation inconnue, un nouveau lieu, un nouveau travail, une nouvelle relation ou un nouveau problème.
- La quête : il s'y adapte. Il apprend les règles, trouve des alliés, rencontre des résistances, essaie et échoue.
- La trouvaille : il obtient ce qu'il voulait. C'est le bas du cercle, souvent une victoire au point milieu.
- Le prix : il le paie cher. Obtenir la chose coûte plus qu'il ne l'avait prévu.
- Le retour : il revient à sa situation familière, au sens propre ou affectif.
- Le changement : il a changé. Le personnage n'est plus le même, et il ne voit plus son monde ordinaire de la même façon.
Comment fonctionne le story circle
Le cercle envoie le personnage descendre dans l'inconnu, puis remonter. Une ligne horizontale coupe le cercle en deux : la moitié haute est le monde familier, la moitié basse le monde inconnu. Le personnage franchit la ligne vers le bas à l'étape 3 et remonte à l'étape 7 ; tout ce qui se trouve sous la ligne est l'aventure, tout ce qui est au-dessus, la maison.
L'étape 5 se trouve tout en bas, juste en face de l'étape 1 : c'est le point où le personnage est le plus éloigné de celui qu'il était. Les étapes qui se font face vont aussi par paires : le besoin de l'étape 2 trouve sa réponse dans le prix de l'étape 6, et le confort de l'étape 1 se reflète dans le changement de l'étape 8. Lire ces paires côte à côte permet de vérifier vite si une fin répond à son début.
Story circle et voyage du héros
Le story circle est un voyage du héros simplifié. Dans Le Héros aux mille et un visages, Joseph Campbell décrit le monomythe en dix-sept étapes ; Christopher Vogler en a tiré une version en douze étapes pour les scénaristes, traduite en français sous le titre Le Guide du scénariste. Harmon a resserré le modèle en huit étapes, assez générales pour une intrigue secondaire de sitcom.
- La longueur : le voyage du héros compte douze étapes chez Vogler et dix-sept chez Campbell ; le cercle de Harmon en compte huit.
- L'échelle : le voyage du héros convient aux aventures épiques ; le story circle marche aussi bien pour une intrigue B de cinq minutes que pour un long métrage.
- L'accent : le story circle insiste sur le prix payé à l'étape 6 et sur le retour à la maison, ce qui garde les histoires d'épisode les pieds sur terre.
Il se cale aussi sur la structure en trois actes : les étapes 1 et 2 forment le premier acte, les étapes 3 à 6 le deuxième, avec l'étape 5 près du point milieu, et les étapes 7 et 8 le troisième.
Le story circle pour un épisode de série
Dans un épisode, chaque intrigue peut suivre son propre petit cercle, les intrigues A, B et C tournant à peu près aux mêmes moments. Une série comique de 26 minutes donnera deux ou trois minutes d'écran à chaque étape ; un épisode de 52 minutes, une ou deux étapes par grand mouvement.
- Construisez chaque intrigue séparément. Écrivez huit étapes d'une ligne pour l'intrigue A, puis huit pour l'intrigue B.
- Alignez les passages de ligne. Placez l'étape 3 de chaque intrigue près du premier tournant, et l'étape 7 près du dernier.
- Trouvez le lien thématique. Le prix payé par l'intrigue B à l'étape 6 commente souvent le besoin de l'intrigue A à l'étape 2.
- Remettez les compteurs à zéro, ou presque. L'étape 8 ramène le monde assez près de la normale pour l'épisode suivant, tandis qu'un petit changement se prolonge.
Sur une saison, un grand cercle couvre souvent tous les épisodes, chacun formant un cercle plus petit à l'intérieur. Pour le premier épisode d'une série, lisez notre guide de l'épisode pilote.
Un exemple de story circle
Voici l'intrigue A, originale, d'un épisode de série comique de 26 minutes, construite sur le cercle.
- Le personnage : BERNARD, bibliothécaire maniaque, tient la médiathèque la plus silencieuse du département, et il en est fier.
- Le besoin : la mairie coupera son budget si la fréquentation ne double pas d'ici la fin du mois.
- Le départ : Bernard accepte d'accueillir le club de jeux vidéo du collège voisin, après la fermeture, dans la salle de lecture.
- La quête : il tente d'imposer le silence à vingt adolescents, échoue, et finit par apprendre les jeux à contrecœur pour fixer des règles qu'ils respecteront.
- La trouvaille : le club fait un tabac, et la fréquentation dépasse l'objectif avec une semaine d'avance.
- Le prix : la salle de lecture est saccagée, et son seul habitué, un vieux monsieur qui venait lire le journal chaque matin, ne vient plus.
- Le retour : Bernard ferme le club et retrouve son silence, mais la salle lui paraît vide.
- Le changement : il rouvre le club à une condition. Une fois par semaine, les adolescents passent une heure calme avec le vieil habitué, qui se révèle être un ancien champion d'échecs.
C'est le prix de l'étape 6 qui fait de l'épisode autre chose qu'un gag : Bernard obtient ses chiffres et manque de perdre ce à quoi il tenait. La fin répond à la fois au besoin et à la perte. En scénario, la trouvaille du point milieu peut tenir en une image :
INT. MÉDIATHÈQUE - SOIR Vingt ADOLESCENTS hurlent autour d'un tableau de tournoi. BERNARD (45 ans), debout sur une chaise, agite une clochette. BERNARD Ici, c'est une médiathèque. On parle à voix basse. ADOLESCENT Mais je parle à voix basse, là. Bernard regarde le compteur d'entrées près de la porte : 212. Il baisse la clochette.
Les erreurs fréquentes avec le cercle
- Oublier le prix. Sans l'étape 6, l'histoire n'est qu'un vœu exaucé, et le changement de l'étape 8 paraît immérité.
- Un besoin flou. « Veut être heureux » ne peut pas porter les étapes 3 à 5 ; « a besoin de vingt visiteurs de plus par jour », si.
- En faire une recette. Le cercle est un outil de diagnostic : servez-vous-en pour trouver l'étape qui manque, pas pour couler toutes vos histoires dans le même moule. Comparez-le aux autres modèles dans notre guide du schéma narratif.
Tracer le cercle dans Scenaloom
Scenaloom n'a pas de modèle story circle. Son Tableau des temps forts part d'un modèle Structure en trois actes, Plan en quinze beats ou Voyage du héros, et vous pouvez y ajouter à la main les huit étapes du cercle avec Ajouter un temps fort. Pour une série, chaque épisode a son propre Plan : chacun peut donc porter son propre cercle. Consultez la page plan et temps forts de la documentation ou lancez un projet.
Questions fréquentes
Quelles sont les huit étapes du story circle ?
Un personnage dans sa zone de confort ; qui désire quelque chose ; entre dans une situation inconnue ; s'y adapte ; obtient ce qu'il voulait ; le paie cher ; revient à sa situation familière ; et en ressort changé. En anglais, Harmon les résume en huit mots : you, need, go, search, find, take, return, change.
Qui a inventé le story circle ?
Dan Harmon, scénariste et producteur américain, créateur des séries comiques Community et Rick et Morty. Il l'a conçu comme une version simplifiée du voyage du héros pour construire rapidement des histoires, et l'a présenté publiquement dans des textes et des entretiens. On l'appelle parfois aussi « story embryo », l'embryon d'histoire.
Le story circle, est-ce le voyage du héros ?
Pas tout à fait. C'en est une version condensée : le modèle de Joseph Campbell compte dix-sept étapes, la version de Christopher Vogler pour les scénaristes en compte douze, le cercle de Harmon huit. Il garde le mouvement essentiel, départ, épreuve, retour et changement, sous une forme assez générale pour une intrigue secondaire de sitcom.
Peut-on utiliser le story circle pour un long métrage ?
Oui. Le cercle fonctionne à toutes les longueurs, et dans un long métrage ses étapes se calent sur les trois actes : les étapes 1 et 2 forment le premier acte, les étapes 3 à 6 le deuxième, avec le point milieu vers l'étape 5, et les étapes 7 et 8 le troisième. Les intrigues secondaires peuvent suivre leurs propres petits cercles.
Comment utiliser le story circle pour écrire un épisode ?
Écrivez huit étapes d'une ligne pour chaque intrigue séparément, puis alignez-les pour que les entrées dans l'inconnu et les sorties tombent près des tournants de l'épisode. Faites en sorte que le prix payé dans l'intrigue B commente le besoin de l'intrigue A, et servez-vous de l'étape 8 pour remettre le monde en place avant l'épisode suivant.